26 mars 2011

Le nouveau mur

Garouk, réfléchissant au moyen de conquérir le monde.

Je ne sais pas pourquoi, Éric et Émilie s’enferment, quand il fait noir. Moi, quand il fait noir, je me réveille. C’est à ce moment que mon estomac crie famine et que je miaule pour avoir de la nourriture. Mais une fois la nourriture donnée, les portes se ferment et les murs se prolongent. Au loin, j’entends les murmures d’Éric, les réponses d’Émilie, puis peu à peu, les bruits s’estompent et le calme tombe.

Athéna regarde par la fenêtre, derrière les stores. Je vois son ombre auréolée par le réverbère dehors. À ces heures-là, parfois, il y a d’autres chats, comme nous, qui sortent. Eux, ils n’ont pas peur comme moi des camions qui se promènent le soir. Moi j’en suis terrifiée. Surtout quand il y a des morceaux d’étoile qui tombent du ciel. Alors là, on dirait qu’il y a encore plus de camions qui sortent pour chasser… Ça doit être parce qu’ils mangent de la neige, comme Émilie appelle les morceaux d’étoile.

Quoi qu’il en soit, le soir, Éric et Émilie se barricadent. Moi je veux bien, sauf qu’au bout d’un moment à somnoler, à me promener, à roucouler pas trop fort, je trouve ça long. Alors je me dirige bon gré mal gré vers leurs chambres et j’écoute. La respiration de mon maître est beaucoup plus forte que celle de ma petite maîtresse, mais je crois que c’est elle qui gigote le plus. C’est dans ces moments-là que je m’ennuie le plus d’eux. Et alors, je ne peux pas me contrôler, il faut que je les voie pour me frotter le nez sur eux en ronronnant. J’adore roucouler et sentir leurs mains sur mon cou, rien qu’à y penser, mes pattes se mettent à tambouriner sur la porte de leur chambre.

Zut ! Ils n’entendent pas. Bon… Je fais demi-tour, je fais quelques pas, j’attends. Émilie se retourne dans le lit. Éric soupire. Ils sont réveillés ! J’attends qu’ils se lèvent, mais ils ne viennent pas. Au contraire, leur respiration ralentit à nouveau.

- Non, non, non… Je veux vous voir, je miaule en posant mes deux pattes sur la porte et en y jouant du tambour. Ne vous endormez pas, moi j’vous aime !

Rah la la… Je les entends se lever en vitesse, saisir une bouteille d’eau… Une bouteille d’eau !? Il n’est pas question que j’écope. J’ai déjà goûté à cette médecine-là ! À la dernière seconde, alors que la porte de leur chambre s’ouvre, je m’enfuie à toute patte.

- J’suis heureuse de vous voir !

Apparemment, la joie n’est pas partagée.

- Garouk ! C’est la dernière fois !
- Bein oui, vous dîtes toujours ça, je réponds en rigolant.

Erreur fatale.

Vivement, ils m’attrapent, me houspillent, me punissent et puis, sans autre forme de procès, ils procèdent à ma mise en cage.

Je passe le reste de la nuit dans la cage, malheureuse, pendant qu’Athéna dort tranquillement sur le divan en ronronnant je te l’avais dit. Quelle plaie celle-là, je pense en l’enviant. Puis avec le temps, mes paupières s’alourdissent et je m’endors jusqu’à ce que la porte de la chambre d’Éric et Émilie s’ouvre.

L’air coupable, Émilie ouvre ma cage. En l’observant comme il faut et en les écoutant, je comprends que je ne serai pas enfermée de nouveau dans la cage.

- C’est trop cruel, proteste ma maîtresse.

- C’est vrai, je fais en me frottant la tête sur ses chevilles.

- Sauf qu’il va falloir trouver une solution, je n’en peux plus de me faire réveiller par Garouk, argumente Éric en avalant son déjeuner.

- Moi non plus, souffle Émilie.

- Je vais être calme…

- Tu n’es pas capable d’être calme et de les laisser tranquille, rouspète Athéna en s’approchant de moi pour me lécher la tête.

- Tu vas voir, je réplique en m’éloignant de sa langue râpeuse.

La journée passe vite, à dormir. La soirée aussi. Je ne vois pas le temps passé. Sauf que lorsque mes maîtres s’apprêtent à s’enfermer dans leur chambre, ils ont des airs suspects. Je m’approche, mais Émilie me barre la route. Sans hésitation, elle place devant moi, au début du couloir qui mène aux chambres. Elle se place devant moi la tour à DVD, puis une autre, plus haute celle-là. Devant moi, il y a un mur et je sais que je ne pourrai pas le franchir.

C’est ainsi que j’ai compris qu’Éric et Émilie ne m’aimaient plus.

La nuit en tout cas.

Depuis ce temps, avec Athéna, on songe à un moyen de sauter par-dessus le mur pour tenter d’aller dans le corridor interdit la nuit.

1 commentaire:

  1. Georges le Boules6 octobre 2011 à 06:35

    Je crois que vous devriez castrer votre chat. Il serait plus calme par la suite!

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