Les soirs de tempête, à Québec, les lumières jaunes clignotent un peu partout. La première fois qu’on les voit, diverses idées nous viennent en tête. Une invasion d’ours polaire? La fin du monde? Un avertissement pour les piétons imprudents? Routes incirculables*? Que nenni! C’est un signal simple avertissant les automobilistes et les gens imprudents que la rue sera sûrement (ou devrait être, en ce moment-même), l’objet d’un déneigement intensif. Et croyez-moi, à Québec, ils n’y vont pas avec le dos de la cuiller! Vers les onze heures du soir, parfois moins, parfois plus, des bips incessants se font entendre : la parade des camions commence. Comprenez-moi! J’habitais dans une petite région où un camion suffisait au déneigement d’une artère ou même parfois pas du tout. C’est-à-dire que souvent, on laissait aux citoyens le loisir de déneiger à la pelle ou de ne simplement pas sortir.
Je disais donc qu’à Québec, chaque soir de tempête, j’entends une cinquantaine de camion de déneigement aller et venir, reculer et avancer. Parce qu’ils ne se contentent absolument pas d’une fois, croyez-moi! Mon amoureux dira que j’exagère. Je vous dis que je ne mens pas!
- Il y a vingt camions chéri… Je les ai entendus.
- On dirait, hein?
- Nenon, c’est un fait. Il y avait au moins quarante camions!
- Tu avais dit vingt…
- Ah? Mais c’est vrai qu’ils font du bruit, hein? Cinquante camions de suite, je trouve ça intense! À Québec on ne fait rien comme ailleurs!
- …
Comme d’habitude, il m’a souri en disant que j’étais cute. Je sais bien ce qu’il pense : elle exagère. Mais non, c’est la vérité. À Québec, dans ma rue, il y a bel et bien cinquante camions qui la traversent pour enlever la neige fraichement tombée toute la journée. La preuve, c’est que je les entends, la nuit, quand je veux dormir.