Tu étais drôle ce jour-là. Tes cheveux volaient un peu partout autour de ton visage rougi et mouillé par le vent. Tu reniflais en cherchant un mouchoir, gênée de sentir un regard étranger posé sur toi. Nous étions dans la classe et tes mains tremblaient. Je riais.
Tu m’as demandé, avant que le cours commence, comment je pouvais être dans un tel état.
Tu m’avais répondu, l’air irrité, que l’autobus t’avait oubliée. Donc, tu avais marché dans la tempête, longtemps, assez pour voir le vent ériger des abris avec ses murs de neige, assez pour sentir tes doigts se glacer et tes cils s’alourdir. Tu m’as dit cela, l’air féroce, écoeurée au début, puis la poésie des images que tu décrivais a transformé ton visage. Tu t’es tue à ce moment-là, songeuse, puis le professeur est arrivé.
Il nous a distribué les questionnaires et j’en ai pris un. En échange de ces réponses, il nous laisserait partir définitivement. C’était la fin d’un semestre. J’ai écrit mon nom, lu les questions et me suis détendue. Je pouvais le faire. Ce n’était apparemment pas ton cas. Tu t’es levé après avoir seulement écrit ton nom et lu les questions. Tu m’as jeté un dernier coup d’oeil, puis sans parler tu t’es en allé sous le regard inquisiteur de l’homme qui nous surveillait derrière ses petites lunettes carrées. Il t’a parlé lorsque tu étais assez près. Je ne sais pas ce qu’il t’a dit. je suppose que ce n’était pas très gai.
Tu es restée pour compléter l’examen. Tu ne pouvais pas échouer. Je voyais ta main s’agiter sur la feuille, tes doigts étaient déjà rouges, douloureux. Tu étais déchainée, dans ton monde intellectuel, complètement submergée. C’est à peine si je t’ai vu remué lorsque je me suis levé. J’ai marché, conscient que tous me jugeaient, et j’ai donné ma copie vierge à cet homme que tu t’amusais à dessiner parfois, dans ton cahier, avec en plus une tuque rouge et une barbe. Quand j’ai été assez près, il m’a dit quelques mots, puis je suis sorti. Le silence était assourdissant.
Je suis sortie plus tard, après avoir souhaité joyeuses fêtes à monsieur. Tu étais là, assis dans le corridor, un cellulaire à la main. Tu ne parlais pas. Tout à coup, tu tournas l’écran de ton téléphone vers moi. Tu y avais écrit quelque chose.
Je voulais que tu sortes avec moi. Tu m’as répondu, avec un sourire malicieux, que si je retournais en classe pour remplir ma copie, je pourrais avoir le privilège de te revoir. J’ai fait la moue, tu m’as dédié une grimace. Je n’ai pas pu résister à ton air mutin. Je me suis levé, je t’ai attrapé par la taille et je t’ai embrassée.
Tu m’as embrassée. Tu trichais! Je t’ai repoussé en faisant mine de m’éloigner, mais du coin de l’oeil je t’ai vu pénétrer dans la classe alors je me suis arrêté. J’ai attendu une heure, immobile au milieu du corridor. C’était fou, je le savais.
Tu étais au milieu du corridor, de dos. Je t’ai enserré la taille, tu t’es retournée. Ta main a saisi la mienne et puis tes lèvres ont murmuré un rendez-vous. “Allons chez moi.” Ta peau brûlait. Mon corps tremblait. Je savais ce que tu voulais. Nous avons couru ensemble pour attraper l’autobus. Tu étais tout essoufflée quand nous sommes arrivés dehors.
Il ventait encore. Mes cheveux encore humides étaient devenus aussi raides que des branches d’arbre. J’étais affreuse, les joues rouges, les yeux mouillés. Au loin, j’ai repéré l’autobus qui avait déjà dépassé l’université. En lettres rouges et lumineuses, au lieu de la destination habituelle, il était écrit joyeuses fêtes. Je t’ai entendu rire. Tu m’as dit en hoquetant que je faisais fuir les autobus.
Ton rire a joint le mien. J’ai oublié de te dire que tu étais belle, ce jour-là.
Nous étions beaux.
Je ne t’ai plus jamais quittée.
13 juillet 2007
Joyeuses fêtes! (Histoire commencée à Noël et finie euh... aujourd'hui!)
Ceci est un texte que j’ai commencé il y a longtemps. Je l’ai fini aujourd’hui. J’ai toujours aimé les textes à deux voix. Celui-là est un de mes préférés.